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Tours et détour par la Nordschleife

27 Août 2010 , Rédigé par Didier Publié dans #Histoires vécues

Histoires-vecues 

Sur la trace des champions,
une journée sur la Nordschleife

 

 

Passons ensemble une belle journée sur un circuit mythique... Non, ce n'est pas Spa-Francorchamps qui accueille la F1 ce week-end, mais le Ring ! Suivez notre guide !

 

« Si un pilote vous dit qu'il n'a pas peur sur le Ring, il existe deux possibilités : soit il ment, soit il ne va pas assez vite pour comprendre ce qu'est le Ring.» Jackie Stewart plante le décor : bienvenue sur le tracé mythique du "Grüne Hölle*"…

Enfin, le jour que j’attends depuis longtemps est arrivé ! C’est aujourd’hui que je vais rouler sur l’ancien tracé du Nürburgring avec ma propre voiture. Mais avant de vivre une telle expérience, ce sont 350 kms et 3h30 de trajet qui m’attendent pour arriver sur le circuit. Les derniers kilomètres se passent sur une petite route nationale qui longe des montagnes verdoyantes et des vallées paisibles en contrebas. Le fait que tout le petit monde de la F1 se déplace dans ce lieu qui semble retiré de tout me laisse sans voix.

1--nurburgring-entr--e.JPGUne fois arrivé sur le circuit actuel du Nürburgring, j'utilise ce qui me reste d'allemand pour acheter mes tickets : hésitant au début, j’opte finalement pour 8 tours, soit pas moins de 160 kms de tracé à avaler. La seule déception de la journée sera de ne pas avoir pu louer une voiture de sport, n’ayant pas les 25 ans requis à ce moment-là… Mais la déception s’estompe très vite quand, à l’approche de la Nordschleife, je commence à entendre les bruits de moteur des bolides en action sur la piste !

Je m’insère dans la file d’attente et je sens un mélange d’excitation et de nervosité monter en moi. L’une après l’autre, les différentes voitures devant moi partent jusqu’à mon tour. J’insère mon ticket, la barrière se lève, cette fois, c’est bel et bien parti !
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Je commence à enchaîner timidement les premiers virages et je me rends vite compte qu’avec ma modeste Seat Toledo je suis bien loin des performances de Gran Turismo 4 ! Pas le temps de penser plus, très vite des Ferrari, Maserati, Lotus et autres Mercedes me doublent à pleine vitesse et je me trouve plongé dans la légende de ce circuit… Serait-ce Niki Lauda à bord de sa Ferrari 312T2 ? Jim Clark sur sa Lotus 33 ? Ou encore Juan Manuel Fangio sur sa Maserati 250F ? Les grands pilotes de la F1 ont rendu célèbre le nom de ce tracé, mais ce circuit n’a pas attendu la Formule 1 pour se faire un nom.

Un circuit empreint d’histoire

Tout commence en 1925 quand l’Allemagne décide la création d’un circuit destiné à accueillir des compétitions sportives et à être employé comme centre d'essais pour les nouvelles voitures des constructeurs allemands. Contrairement à ses voisins français, italiens et anglais plus enclins à des circuits réduits comme Monza, le projet s’oriente vers un long tracé de 28,265 kilomètres au cœur du massif de l'Eifel, à proximité du château de Nürburg.

2--1927-eifelrennen.jpgLe site, inauguré en 1927, se divise en deux parties distinctes : la Nordschleife de 22,8 km et la Südschleife de 7,7 km.  

3--nordschleife.jpg



   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais dès 1929, les épreuves majeures se disputent sur la grande portion du circuit, qui ne tarde pas à être considéré comme le plus exigeant et le plus dangereux du monde.

Durant les années 1930, il est le théâtre de duels opposant les industries automobiles allemandes (Mercedes, Auto Union…) et italiennes (Bugatti, Alfa Romeo…), mais aussi des luttes au sommet entre les meilleurs pilotes de l’époque, les allemands Rudolf Caracciola (5 fois vainqueur de l’épreuve) et Bernd Rosemeyer, ainsi que l’italien Tazio Nuvolari et le monégasque Louis Chiron.


Après la seconde guerre mondiale, la Nordschleife est le site retenu pour le Grand Prix d’Allemagne dans le cadre du nouveau championnat du monde de Formule 1. Les courses qui s’y déroulent marqueront à jamais l’histoire des sports mécaniques, mêlant exploits sportifs et accidents dramatiques. Certains lieux resteront à jamais associés dans la mémoire collective à la perte de grands noms du sport automobile : le virage du Flugplatz qui voit la fin des pilotes John Taylor et Gerhard Mitter (ce dernier étant engagé en F2 pour cette course), la chicane rapide en descente et en aveugle de l’Adenauer Forst où périt l’argentin Onofre Marimón, le virage du Pflanzgarten qui emporte le prometteur Peter Collins, sans oublier le plus célèbre des virages du circuit, le Bergwerk. Cet endroit du circuit est certes connu pour le terrible accident de Niki Lauda en 1976, mais c’est également là que le néerlandais Carel Godin de Beaufort perdit la vie quelques années plus tôt…

La fin d’une époque…

La dangerosité du circuit est un fait bien réel, et préoccupe au plus haut point les pilotes qui considèrent de moins en moins comme une fin en soi le fait de se tuer au volant en course. Sous l'impulsion de Jackie Stewart, fervent artisan pour la sécurité des pilotes en F1, la course est boycottée en 1970. Malgré les nouveaux aménagements sur le circuit, Niki Lauda pousse à un nouveau boycott en 1976, mais les autres pilotes votent contre l’idée de l’autrichien… Ironie du sort, c’est Lauda qui sort de la piste et qui échappe de peu à la mort !

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Contrairement à ce que tout le monde pense, ce n’est pas l’accident de Lauda qui entraîne la fin du circuit. Il était prévu que l'édition de 76 soit la dernière à se tenir sur le tracé. La Fédération avait décidé, et ce bien avant cette course, de retirer son homologation au circuit pour des impératifs de sécurité, et dans une moindre mesure, pour des raisons médiatiques. Difficile en effet de retransmettre dans les meilleures conditions une course disputée sur un tracé de plus de 20 km…

5--vainqueur2.JPGUn tracé taille champion

Ce circuit a pourtant permis aux plus grands noms de la Formule 1 de briller. Sur 22 grands prix disputés, 16 sont remportés par des pilotes champions du monde !

 

Parmi les autres vainqueurs se trouvent tout de même Stirling Moss, quadruple vice-champion du monde et Jacky Ickx, double vainqueur de cette épreuve. Mais le plus grand mérite revient sans conteste au champion argentin Fangio, qui remporte cette course trois fois consécutivement... et sur 3 voitures différentes !

Sa victoire de 1957 reste d’ailleurs comme l'un des plus beaux exploits de l'histoire de la Formule 1.



6- fangio 1957


Lors de cette course, suite à un cafouillage lors de son arrêt au stand à mi-course, Juan Manuel Fangio se retrouve avec 48 secondes de retard sur les Ferrari de Mike Hawthorn et Peter Collins. Fangio va alors entreprendre une remontée d'anthologie. En améliorant à chaque passage son propre record du tour, il parvient à revenir sur les échappés et à les dépasser dans la 21ème et avant-dernière boucle de la course ! C’est sa 24ème et dernière victoire, celle qui lui donne la consécration mondiale pour la cinquième fois et un statut de légende. La Nordschleife, un circuit de grands pilotes ? Certes… Un circuit de champions ? Assurément !


Et maintenant…

/tag/histoires20vecues/7__nurburgring_nordschleife_circuit.jpgUn tel circuit aurait-il pu être abandonné ? Heureusement pour les fans que nous sommes, cela n’a pas été le cas et il est resté ouvert à Monsieur Tout-le-Monde. Car si on recherche des sensations au volant d’une voiture, c’est bien là qu’il faut aller : le tracé tient autant d'une spéciale de rallye que d'un circuit classique, avec ses portions rapides et sinueuses, ses virages en aveugle et ses reliefs vertigineux.

Autant le dire, il vaut mieux avoir une voiture bien équipée pour ce genre de conduite : au début, j’étais balancé de droite à gauche dans mon siège dans certaines courbes rapides ! Mais au fur et à mesure des tours, j’apprenais à mieux contrôler mes trajectoires, je repérais les zones de freinage et d’accélération, et je changeais les vitesses au moment adéquat pour disposer de la meilleure motricité en sortie de virage, le tout pour un plaisir de conduite de plus en plus accru.
Le moindre changement de dénivelé de la piste se faisait immédiatement sentir au volant. Dans les montées rapides, je sentais la compression me tasser sur mon siège et dans une brusque descente des effets d'apesanteur. Le virage du Caracciola Karussell restera mon endroit préféré du circuit : prendre cette épingle inclinée à pleine vitesse en sentant la force centrifuge est tout simplement exaltant. Et dire qu’avec une voiture de sport, ces sensations auraient encore été accrues ! Celles que j’ai ressenties étaient déjà plus qu’exceptionnelles pour une première fois sur ce circuit.

Ouvert au public, le circuit est également utilisé pour des courses telles que le championnat VLN Langstreckenmeisterschaft et les 24h du Nürburgring. Cette dernière est une course extrêmement populaire où se mélangent des voitures de tous types (depuis les puissantes GT jusqu'aux voitures de tourisme) et des pilotes de tous niveaux (du champion confirmé à l'amateur du dimanche).

 

8--24h-Nurburgring.jpg

Les 24h du Nurburgring

 

Le circuit reste toujours aussi dangereux, comme j’ai pu le remarquer pendant ma journée : une Ferrari bleue métallisée s’est crashée vers la fin du tracé, emboutissant tout l'avant et l'arrière… Plus tragiquement encore, le 27 Septembre 2008, le suisse Hans-Ruedi Portmann perdait le contrôle de sa Ford Mustang dans la descente du Wehrseifen pendant l'ADAC Classic Trophy et se crashait dans les barrières de sécurité. Il mourra quelques instants plus tard, faisant de lui la 67ème victime du Nürburgring…

La Nordschleife sera donc toujours considérée comme un lieu de mythe, de passion et d’émerveillement pour toutes les personnes qui l’évoquent. J’ai passé une journée extraordinaire sur ce circuit, et il me tarde déjà d’y retourner… et vous, quand y viendrez-vous ?


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* L’enfer vert

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