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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 13:52
Nouveaux horizons en F1 :
pour le meilleur, mais aussi pour le pire 

"The Sunset Grand Prix", littéralement, le "Grand Prix du soleil couchant". Accroche romantique pour la dernière attraction de la saison. Un Grand-Prix exotique et inédit, qui partira au grand jour pour se terminer au crépuscule. Après le GP nocturne de Singapour l’an passé, Abu Dhabi constitue donc la « nouveauté » 2009, mais faut-il parler d'événement historique ? Bof...

L’an passé, Singapour, décrié pour son gaspillage énergétique, a malgré tout conquis les amateurs de beau spectacle grâce à un tracé intéressant et des images impressionnantes. Il est peu vraisemblable qu’on tienne le même discours après la course dans l’Emirat d’Abu Dhabi.


Bien sûr, les photographes se régaleront, mais le téléspectateur, lui, verra à peine la différence entre l'éclairage naturel et l'éclairage des projecteurs. Quant aux pilotes, nul doute qu'ils n'apprécieront que modérément d'avoir le soleil rasant dans les yeux. Il suffit de se rappeler la petite polémique de la course Australienne, dont l’horaire avait été décalé pour se terminer en fin de journée, avec un soleil rasant et des ombres dérangeantes pour les pilotes. Tout ça pour diffuser le GP à une heure soi-disant décente pour les téléspectateurs européens… Dommage pour ceux qui comme nous aimaient ce rituel du réveil (ou de la nuit blanche) pour vivre dans le silence nocturne une belle course. Bref, il semble d’ors et déjà que personne ne trouve vraiment son compte dans cette histoire… sauf Bernie qui a rempli son compte en banque en satisfaisant ses envies de luxe, glamour et exotisme !


On redoute donc déjà ce nouveau GP organisé dans des contrées lointaines… Loin de nous l’intention d’être passéistes, il est après tout logique que la F1 cherche à conquérir de nouveaux marchés ; on ne peut même que s'en réjouir. Mais la F1 a une histoire qui trouve ses racines dans la vieille Europe et la voir à ce point tourner le dos à ces racines n'est pas acceptable. Mr Ecclestone n’a qu’une motivation : extorquer le plus d’argent aux promoteurs des GP et donc faire signer les plus offrants, sans s’attarder sur l’intérêt purement sportif du circuit ! Regrettable.

Reste la sempiternelle idée de conquérir un nouveau public : le moins que l’on puisse dire c’est elle ne porte pas vraiment ses fruits pour l'instant : les tribunes peinent à se remplir d'une année sur l'autre. Passé l'effet de curiosité, la F1 ne fait pas recette. Et Bernie a beau vanter le formidable réservoir de population en Asie, le fait d'organiser les GP en fin d'après-midi heure locale pour convenir au public européen ne trompe personne. On en arrive donc à cette magnifique absurdité : organiser des GP en Asie pour le public européen, de plus en privé de course en « live » et contraint de voir ses beaux circuits disparaître ou être défigurés au nom d’on-ne-sait-exactement-quoi ! Curieux paradoxe… Et comme si la F1 ne souffrait pas déjà d'une image bien écornée auprès du grand public, cette absurdité se fait sous la lumières de projecteurs. Tout cela ne sonne pas tellement "développement durable"...

Le nouveau rendez-vous de la F1 au cœur des Emirats Arabes Unis semble donc condenser à lui seul tout ce qui part à vau-l’eau dans la F1 du 21ème siècle, tant sur le plan sportif que sur l’image véhiculée par la F1. Finalement, le seul intérêt de cette dernière course de la saison résidera peut-être dans le défi consistant à faire fonctionner les pneus par des températures différentes au fil de la course. On ne peut toutefois s’empêcher de penser très fort que cette histoire de "Sunset Grand Prix" ressemble surtout à un argument commercial tentant de nous faire oublier que le tracé d'Abu Dhabi, pour le peu qu'on en a vu, ne présente pas le moindre intérêt.

Le circuit de Yas Marina est en effet une nouvelle aberration signée Herman Tilke, l'architecte officiel de la Formule 1, qui a déjà commis Valencia, Shanghai, Sepang, Bahreïn et charcuté le Nürburgring et Hockenheim. Des circuits sans âme, constitués de virages lents qui serpentent entre de grandes esplanades bitumées. On est loin du charme des grands tracés naturels. Et seulement 15 jours après le magnifique GP du Brésil, le contraste risque d'être douloureux. De l'œuvre de Tilke, seul le sélectif circuit d'Istanbul est à sauver…

Concernant ce circuit de Yas Marina en particulier, il est décrit comme offrant des installations modernes, confortables et luxueuses. Sans doute, les images de synthèse puis les photos vues dans les magazines spécialisées ou sur internet montrent en effet à voir un débordement de luxe et de clinquant qui ravira les VIP chers à Bernie Ecclestone et consort. Mais l’essentiel n’est-il pas le tracé ? Et là, le bât blesse vraiment !

Le circuit semble insipide, sans intérêt. Un tracé plat au sens littéral comme au figuré : aucun relief apparent ! Le plus ahurissant ? Evidemment cette sortie des stands ultra-longue et dans un tunnel !


A la limite, le seul point un peu complexe du circuit est justement la sortie des stands : étroite et sans visibilité ! Ce qui est aberrant et complètement stupide : une sortie des stands doit être la plus sécurisante, simple et courte possible ! Voilà donc à première vue, un circuit conçu en dépit du bon sens. Oh bien sûr, il y a bien l'enchaînement de la ligne d'arrivée jusqu'à la chicane qui propose des vraies courbes et le triple droite (15, 16, 17)
qui se referme progressivement. Mais pourquoi avoir enchaîné avec deux virages à 90° qui cassent le tracé ?


David Coulthard et Martin Brundle se veulent un peu plus rassurant que les images, nous certifiant que le circuit d'Abh Dhabi présente un véritable intérêt au niveau du pilotage : les aires de dégagements étant très courtes, les pilotes devront être vigilants car les sorties de piste pourraient être pénalisantes. Un bon point pour ce circuit, tant il est exaspérant de voir des dégagements aussi vastes que des parkings de supermarché !

L'ancien pilote écossais ajoute que la sortie des stands n'est pas aussi terrible qu'on peut le redouter, et que même si le risque d'accident existe, selon lui, cela n'arrivera pas... Ce n'est là que son opinion personnelle !

Bruno Senna de son côté prévient : il risque de ne pas y avoir beaucoup de dépassements. La faute au sable qui salit la piste. La seule possibilité de dépassement selon lui se situe à l'épingle n°1.

Voilà qui promet !
Abu Dhabi ne nous fait vraiment pas rêver…

Peut-on toutefois garder espoir et regarder plus sereinement vers l'avenir ? Pas sûr.


Un GP de Corée du Sud est déjà inscrit au calendrier 2010, et le projet de GP en Inde n'est pas encore totalement enterré. Certaines de ses destinations exotiques font la joie des constructeurs, qui y voient des marchés stratégiques. Mais la multiplication des grands prix dans des micro-états (Bahrein, Singapour, Abu Dhabi) au détriment de pays comme le Canada, les Etats-Unis ou encore la France fait grincer des dents. C'est ici le système Ecclestone qui est en cause, et le chèque en blanc que lui a accordé la FIA dans la gestion des droits commerciaux de la F1, au mépris de l'intérêt du sport, des passionnés et des participants. Peut-on espérer que ce système soit prochainement remis en cause et que le calendrier du championnat du monde soit établi sur des critères plus sains ? Sachant que Jean Todt, nouveau président de la FIA, a été ouvertement soutenu par Ecclestone, on ne peut qu’en douter.
Par Thibaut et Marie - Publié dans : Hors piste
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