Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 11:37

Kimi Räikkönen 
le pilote qui venait du froid



Le plateau 2010 est loin d’être bouclé, mais une chose est d’ores et déjà certaine, Kimi Räikkönen n’en fera pas partie. Lâché par Ferrari, le Finlandais a décidé de tourner le dos à Formule 1 et d’entamer une nouvelle carrière en rallye. Avec Räikkönen, notre sport perd l’une de ses personnalités les plus singulières.


Grand Prix de Monaco 2006 : sur une McLaren peu en verve depuis le début de saison, Räikkönen réalise un petit exploit en s’accrochant aux basques de la Renault de Fernando Alonso. Trajectoires précises, réaccélérations rageuses, le Finlandais livre une prestation de haut vol et parvient à compenser par son pilotage les insuffisances de sa machine. Las, à une vingtaine de tours de l’arrivée, le moteur Mercedes du Finlandais rend l’âme, l’obligeant à garer sa monture au virage du Portier. Assommé par cet énième coup du sort le Kimi ? Pas vraiment…Quelques minutes plus tard, les caméras de télévision le surprennent paisiblement allongé sur un des yachts de la Principauté, en maillot de bain, en train de siroter une boisson fraîche. Le debriefing avec les ingénieurs ? Les obligations médiatiques ? Ça attendra…

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Tout Räikkönen est résumé là : un pilote flamboyant sur la piste, mais complètement absent une fois le casque retiré. Pour beaucoup, il restera une énigme. Interrogé sur ce pilote atypique à qui il fut le premier à donner sa chance en Formule 1, Peter Sauber avait eu fin 2001 ces propos sibyllins : « Kimi ? Il boit beaucoup et parle peu ».

Kimi raccroche le casque
Un temps, on a pu penser que ce caractère froid et renfermé résultait d’une timidité due à son jeune âge. Lorsque Räikkönen effectue ses premiers tours de roue en Formule 1 fin 2000 au Mugello sur une Sauber, il n’a en effet que 21 ans et seulement une saison et demie de Formule Renault dans les jambes. Ce sont les Robertson père et fils qui ont soufflé son nom à Peter Sauber. Comme tout le monde dans le paddock, Sauber n’a jamais entendu parler de ce pilote, mais les Robertson sont ceux qui ont lancé Jenson Button, la révélation de l’année, alors ça mérite bien un petit essai, histoire de voir ce que le gamin a dans le ventre. Il ne faut que quelques tours à l’écurie suisse pour comprendre qu’elle a mis la main sur un pilote pas comme les autres. Sauber s’empresse de signer le prodige blond, n’hésitant pas pour cela à se fâcher avec Red Bull, sponsor et co-actionnaire de l’équipe, qui voulait imposer le fade Enrique Bernoldi. La FIA regarde d’un œil suspicieux les débuts en F1 de ce jeune pilote, promu dans la discipline reine avec moins de 20 courses de Formule Renault au compteur. Eu égard à son application lors des essais hivernaux, elle accepte de lui accorder la superlicence, mais à titre provisoire.

La suite est une histoire connue. Séduit par les débuts de Kimi, McLaren s’empresse de casser sa tirelire pour l’engager en remplacement de son compatriote Mika Hakkinen. Kimi passe proche du titre en 2003, où il n’échoue qu’à un point de Michael Schumacher, puis à nouveau en 2005 où il s’incline cette fois face à Fernando Alonso, non sans avoir été victime de la fiabilité plus qu’aléatoire de sa voiture tout au long de l'année. Devenue une star de la Formule 1, Räikkönen ne s’ouvre pas pour autant et semble au contraire se complaire dans son image de pilote asocial, qui parle à peine à ses ingénieurs et dont les interviews se limitent le plus souvent à quelques fragments de phrase prononcée d’une voix rocailleuse.

Fin 2006, lassé de l’inconstance de McLaren, il rejoint les rangs de Ferrari, où Luca di Montezemolo lui déroule le tapis rouge, n’hésitant pas à faire comprendre à Michael Schumacher qu’il n’est plus indispensable. Räikkönen successeur de Schumacher ? On ne peut imaginer pire erreur de casting. Schumacher était un pilote, mais également la locomotive de l’écurie, sans cesse au contact de ses ingénieurs et de ses mécaniciens pour tenter d’en extraire le meilleur. Räikkönen, lui, n’est qu’un pilote et refuse d’être plus.
Il décroche le titre mondial dès sa première saison en rouge, en 2007 mais sans paraître aussi impérial que lors de ses années McLaren, et son titre doit beaucoup aux erreurs de son ancienne écurie qui s’est désagrégée dans la dernière ligne droite.

Le paddock fait la fine bouche et exige de voir le « vrai » Räikkönen. Il obtiendra tout le contraire. Conscient d’avoir atteint un sommet qu’il ne pourra plus jamais dépasser, Kimi se montre plus désinvolte que jamais et livre deux nouvelles saisons mitigées, abandonnant le leadership de la Scuderia à Felipe Massa, qui, à l’origine, ne devait être que son faire-valoir. C’en est trop pour la Scuderia, qui le « libère » de son contrat de manière anticipée. Façon diplomatique de lui signifier son limogeage.

Kimi raikkonenKimi, sur qui les événements semblent d'habitude n’avoir aucune prise, est apparu réellement blessé par la décision de Ferrari. Pour la première fois, la glace a semblé se fissurer et a laissé entrevoir la personne qui se cache derrière « Iceman ». Le paddock n’en verra pas plus. Refusant de se brader, il n’a pas donné suite aux offres de McLaren et n’a même pas cherché à se faire désirer de Mercedes.


Engagé chez Citroën en championnat du monde des rallyes, Kimi reviendra t-il un jour en F1 ? Rien n’est moins sur. Il va manquer à la F1, mais la F1 ne lui manquera sans doute pas. Lassé de l’hyper-professionnalisation de son sport, lui qui ne souhaitait que se faire plaisir au volant, Kimi Räikkönen s’est peut-être tout simplement trompé d’époque.
Par Thibaut - Publié dans : Un autre regard sur la F1
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