Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /2009 21:04

Ce week-end, et pour la cinquième saison consécutive, le titre mondial pourrait se jouer sur le tracé d'Interlagos au Brésil. La F1 pouvait-elle rêver d'un plus bel écrin pour sacrer son champion ?

Chuva, chuva, chuva ! Grand Prix du Brésil 1991: perclus de crampes, en proie à de gros problèmes de boîte de vitesses, Ayrton Senna est en tête de la course mais voit son avance fondre à vue d'oeil. Chuva, chuva, chuva ! Le public en transe se lance dans une improbable danse de la pluie, implorant les vannes célestes de s'ouvrir. Sauvé par la pluie, "Magic" conserve sous le drapeau à damiers une poignée de secondes d'avance sur Patrese et remporte pour la première fois son grand prix national, déclenchant l'hystérie dans les tribunes.

La F1 à Interlagos, c'est ça ! Les Brésiliens la vivent comme ils vivent un match de football : dans la joie, dans la passion, dans l'excès. Une atmosphère de samba rafraîchissante quand on pense aux nombreux pays dans lesquels un public principalement composé de VIP assiste aux GP comme on irait à l'opéra. A quand remonte la passion des Brésiliens pour la F1 ? Aux premiers exploits d'Emerson Fittipaldi, qui fit ses débuts dans la discipline reine fin 1970, et qui décrocha son premier titre mondial en 1972. Dans la foulée, et après une première édition organisée hors-championnat, le Brésil fait son apparition au calendrier du championnat du monde en 1974, année du deuxième titre de Fittipaldi. Depuis, l'histoire d'amour entre la F1 et le Brésil ne s'est jamais interrompue. Aux exploits de Fittipaldi, succèdent ceux de Nelson Piquet, triple champion du monde en 1981, 1983 et 1987, puis bien évidemment ceux d'Ayrton Senna, qui conquiert le graal en 1988, 1990 et 1991. Ces dernières années, ce fut au tour de Rubens Barrichello et de Felipe Massa de faire retentir l'hymne brésilien sur les podiums.

Quand Fittipaldi, frigorifié, débarqua en Europe à la fin des années 1960, il était une exception. Jamais un pilote brésilien n'avait brillé en Formule 1. Sans le savoir, il a tracé un chemin emprunté depuis par des dizaines de ses compatriotes. Et tandis que les pistes de karting ont commencé à se multiplier comme des champignons dans tout le pays, des vagues de pilotes brésiliens déferlent régulièrement sur l'Europe et accumulent les succès dans toutes les disciplines. De quoi faire aujourd'hui du Brésil l'un des pays majeurs du sport automobile mondial.

Le Brésil cultive d'ailleurs un curieux paradoxe : être un pays pauvre qui se passionne pour la discipline la plus onéreuse du monde. La pratique du football est accessible à n'importe quel gamin capable de taper dans ce qui ressemble de près ou de loin à un ballon. Celle du sport automobile reste réservée à la minorité favorisée du pays. Alors que l'équipe de football brille par son métissage, les stars de la F1 sont toutes issues de l'immigration européenne (même si Nelson Piquet, au patronyme bien français, aimait mettre en avant ses origines indiennes) et ne reflètent pas la diversité du pays. Vu d'Europe, il y a même quelques chose d'indécent à voir le tracé d'Interlagos surplombé par les favelas, ces bidonvilles dans lesquels s'entassent tous les oubliés d'un pays à la croissance économique fulgurante, mais ô combien mal répartie.

L'exploit d'Ayrton Senna, qui a su fédérer derrière lui tout le pays, indépendamment des différences sociales, des origines ethniques ou même de la sempiternelle guéguerre entre Paulistes et Cariocas, n'en est que plus grand, et en dit long sur son immense charisme. La relation entre Senna et le Brésil allait bien au-delà de celle entre un pays et son champion, car Senna était plus que ça : il était et demeure un mythe, mais aussi un modèle, un espoir. Peu de temps avant sa mort, il avait d'ailleurs créé la "Fondation Ayrton Senna", destinée à offrir une éducation aux plus défavorisés, et qui sous l'impulsion de sa sœur Viviane, est plus que jamais active 15 ans après sa mort.


Le souvenir de Senna plane également sur les pistes. Aujourd'hui, malgré un vivier de pilotes toujours aussi riche, le Brésil continue de chercher son successeur. Un temps présenté comme l'héritier, Rubens Barrichello a souvent déçu. Cette année, il s'est invité de manière inattendue dans la lutte pour le titre, mais son rêve devrait prendre fin ce week-end, à seulement quelques hectomètres de sa maison d'enfance. Les regards se tourneront alors vers Massa, héros malheureux l'an passé et grand absent de cette fin de saison. Avant son accident, le pilote Ferrari avait semblé prendre une nouvelle dimension. Son retour sera guetté par tout un peuple, plus que jamais désireux de danser la samba pour l'un des siens.
Par Thibaut - Publié dans : Un autre regard sur la F1
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Commentaires

La filière brésilienne semble un peu moins fertile ces derniers temps. Le pilote le plus prometteur, je dirai que c'est Felipe Nasr. 18 ans, actuellement en British F3, et managé par le clan Robertson, ce qui devrait ouvrir les portes plus facilement.

Commentaire n°1 posté par Thibaut le 03/11/2010 à 21h11

excellent et très bien écrit !

Commentaire n°2 posté par Aurore le 03/11/2010 à 21h54
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