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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 12:17
Alex Zanardi
cuore sportivo

Il était l’un des plus brillants pilotes de sa génération. C’est aujourd’hui un exemple de courage. Grièvement blessé dans un accident il y a 9 ans, Alex Zanardi a prouvé qu’on ne pilotait pas avec les jambes, mais avec le cœur. Reconverti depuis peu dans le cyclisme handisport, il vise désormais une médaille aux J.O. de Londres.

8 Septembre 1996. Un éclair rouge dans le ciel de Laguna Seca. Bryan Herta semble avoir course gagnée, à quelques hectomètres de l’arrivée du Grand Prix de Monterey, dernière manche de la saison de CART.
Mais derrière lui, Alex Zanardi, nouveau venu dans le championnat, a une autre idée sur la question.

Zanardi-dépassement-Corkscrew
A l’approche du célèbre virage de Corkscrew (un « gauche-droite » en descente), alors qu’il semble trop loin pour porter la moindre attaque, il tente le tout pour le tout, freine au panneau « trop tard », passe par-dessus le vibreur puis coupe le virage, deux roues dans le sable. Pris par surprise, Herta n’a rien pu faire. Incrédule, il regarde l’Italien filer vers la victoire. La manœuvre de Zanardi restera gravée à jamais dans les mémoires des amateurs de sport auto, qui s’empressent de la nommer « The Pass ».
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Pour Alessandro « Alex » Zanardi, ce dépassement génialement fou et la reconnaissance du public qui va avec, c’est une revanche. Lui, à qui il arrivait de croiser le fer avec Michael Schumacher ou Mika Hakkinen dans les pelotons de Formule 3, a quitté l’Europe dans l’indifférence la plus totale. Des débuts peu remarqués en Formule 1 chez Jordan fin 1991, quelques piges laborieuses chez Minardi en 1992 et deux demi-saisons chez Lotus (alors à l’agonie) en 1993 et 1994, puis une saison en GT FIA en 1995, autant dire que la carrière du natif de Bologne est en ruine au moment où Chip Ganassi lui propose de traverser l’Atlantique et de rejoindre son écurie de CART.

Les trois années qui suivent sont considérées par beaucoup comme l’âge d’or du CART. Après une année d’apprentissage ponctuée de fulgurances comme son dépassement de Laguna Seca, Zanardi s’impose comme la star de la discipline. Deux titres de champion, des victoires à la pelle, la plupart acquises dans un style agressif et flamboyant, et une bonne humeur communicative, Alex est le roi des USA. Mais quand on est Italien, ne rêve t-on pas avant tout de Formule 1 ?

Durant ces trois saisons, le petit monde de la Formule 1 assiste intrigué aux exploits de Zanardi, et se demande s’il n’est pas passé à côté d’un grand pilote. C’est Frank Williams qui dégaine le premier et lui propose la place laissée vacante par Jacques Villeneuve lui aussi issu des rangs du CART. Zanardi n’hésite pas un instant et quitte la proie pour l’ombre. Las, accueilli avec les honneurs dus à son palmarès américain, il ne tarde pas à décevoir, incapable d’exploiter pleinement le potentiel de sa monoplace et de se réhabituer à l’usage des freins carbone. A l’issue de la saison, qu’il termine sans le moindre point au compteur, Williams lui indique la porte de sortie. Pour Zanardi, la F1, c’est fini.

15 Septembre 2001. Après une année sabbatique, Zanardi a rejoint les rangs du CART, au sein de l’écurie de Mo Nunn, son ingénieur fétiche lorsqu’il pilotait pour Chip Ganassi. L’état de grâce des années 1996-1998 semble bien loin mais l’Italien monte en puissance au fil de la saison. Jusqu’à cette tragique journée, sur l’ovale du Lausitzring en Allemagne. Piégé bêtement par ses pneus froids à la sortie des stands alors que la victoire lui tend les bras, Alex se retrouve en tête à queue au beau milieu de la piste. Lancé à pleine vitesse, le Québécois Alex Tagliani ne peut éviter la monoplace en perdition de Zanardi, qu’il percute de plein fouet. Le choc est d’une violence inouïe, les images insoutenables.

Zanardi-amputéSi Tagliani s’en sort avec de simples contusions, Zanardi lui, est transporté à l’hôpital dans un coma profond. Les médecins parviennent à sauver sa vie, mais pas ses jambes, littéralement arrachées dans l’accident. "Lorsque je me suis réveillé, ma femme Daniela était à mes côtés, et elle m'a annoncé que je n'avais plus de jambes. Croyez le ou non, pour moi, c'était une belle journée. J'étais en vie. Si avant mon accident j'avais croisé quelqu'un sans jambes, j'aurai dit "mieux vaut être mort que amputé". Maintenant que j'ai perdu mes jambes, je réalise que l'essentiel est ailleurs."

« Carrière terminée » entend-on alors logiquement. Mais Zanardi n’est décidément pas un pilote comme les autres.

En 2003, le CART invite Alex à reprendre le volant de sa monoplace sur le Lausitzring, pour parcourir symboliquement les 13 tours manquants de la course de ce maudit 15 septembre 2001. Juste 13 tours, à effectuer à un train de sénateur à bord d’une voiture spécialement adaptée à son handicap, avec toutes les commandes au volant. A un train de sénateur ? Bah voyons ! Le feu sacré allumé en grand, Alex signe un chrono qui lui aurait valu de s’élancer en cinquième position sur la grille de départ de la course du week-end ! Une expérience suffisamment probante pour l’inciter à reprendre la compétition. En 2004, il est engagé par BMW Italie pour participer au championnat d’Europe des voitures de tourisme (l’ETCC), qui devient en 2005 le championnat du monde des voitures de tourisme (le WTCC). En cinq saisons, il remportera pas moins de quatre victoires, et se fera même quelques inimitiés dans le peloton, son style toujours aussi agressif en piste faisant des ravages, dans tous les sens du terme.

Zanardi-podium-WTCC

Parallèlement, il se lance dans un nouveau défi, le cyclisme handisport.
En 2007, il participe au Marathon de New-York, et malgré seulement quatre semaines d’entraînement, prend la quatrième place de l’épreuve.

Zanardi-cycliste-handisport
Désormais retraité du WTCC, il s’entraîne quotidiennement et parcourt chaque jour la bagatelle de 60 kilomètres, avec parfois des pointes à 120 kilomètres. Un travail qui paye puisqu’il vient de remporter le Marathon de Rome.

"C’est très excitant, peut-être encore plus que la course auto. Se retrouver au milieu de tous ces gens qui m’acclament, m’encouragent, me poussent, c’est vraiment différent. On sent leur chaleur directement sur sa peau et on savoure chaque instant."


A 43 ans, Alex a désormais un ultime objectif : participer aux JO de Londres en 2012, et grimper sur le podium.



Par Thibaut - Publié dans : Hors piste
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