Samedi 3 octobre 2009

Timo Glock
Entre discrétion et coups d'éclats

 

Il est des pilotes de F1 dont on se souviendra longtemps, non pour leurs résultats ou leur talent exceptionnels, mais pour leur rôle décisif dans une scène marquante de l’histoire de la F1. Aujourd’hui, Timo Glock est un de ces pilotes : le pilote si intimement lié au premier sacré de Lewis Hamilton en 2008, lequel réussit à chiper ce petit point de plus en le doublant dans le dernier virage du dernier tour du dernier GP de la saison. Mais ne doit-on aujourd'hui retenir que ça du pilote allemand ? Et demain ? Peut-on légitimement attendre quelque chose de particulier de ce jeune homme de 27 ans, en train de disputer sa deuxième saison complète au sein du pinacle du sport automobile, et pris dans l’étau des vieux briscards affutés et des jeunes loups talentueux ?


Un premier coup d’oeil sur son parcours pour atteindre un poste de titulaire en F1 ne joue certes pas en sa faveur. Après ses débuts en karting, Timo poursuit sa formation de pilote en Formule BMW (2000-2001), en F3 allemande (2002), puis en F3 EuroSeries (2003). Comme beaucoup de ses futurs pairs de la F1, il se fait remarquer dans chacune de ces disciplines, et ses 3 victoires en EuroSeries, associé au soutien de la Deutsche Post, lui ouvrent les portes de la discipline reine : il devient ainsi troisième pilote chez Jordan Grand Prix pour les essais du vendredi de la saison 2004. Il prendra même le départ de 4 GP cette saison, en remplacement de Giorgio Pantano, avec un premier GP au Canada couronné d’une belle 7ème place.


Mais l’heure n’est pas encore venue pour Timo, qui décide de tenter, comme beaucoup d’autres avant lui, sa chance aux Etats-Unis. Classé 8ème en fin de saison, avec notamment une 2ème place obtenue à Montréal (!), il est sacré « Débutant de l'année » (Rookie of the year) du championnat de Champcar, mais préfère revenir sur le Vieux Continent se faire les dents en GP2. 4ème lors de la saison 2006, il remporte finalement le titre GP2 l’année suivante, en même temps qu’il retrouve un baquet de F1 en tant que pilote essayeur chez BMW.

En 2008, c’est donc le grand saut. Tant bien que mal, et à force d’abnégation, Timo a réussi à faire ses preuves et à décrocher un poste de titulaire chez Toyota. Débute alors une saison d’apprentissage mouvementée, entre prestations anonymes, coups d’éclat, et… sorties de piste spectaculaires ! Globalement moins régulier et beaucoup plus brouillon que son expérimenté coéquipier Trulli, Glock progresse, discrètement, en même temps que le package de la TF108. Après son « big air » de Melbourne, et une 4ème place décrochée au Canada (encore !), il marque de nouveau les esprits lors du GP d’Allemagne où une rupture de suspension en sortie du Stadium envoie violemment sa monoplace dans le muret des stands. Cette course de la mi-saison marque-t-elle le tournant de sa saison ? Numériquement, ça ne fait aucun doute : 5 points inscrits lors des 9 GP précédents, 20 lors des 8 suivants ! Son incroyable 2ème place à Budapest 2 semaines après son accident semble d’ailleurs marquer d’une pierre blanche l’arrivée du « nouveau Glock ».


Nous ne reviendrons pas sur ce qui s’est passé à Interlagos en novembre de la même année. D’une part car cela ferait l’objet d’un débat sans fin, le pilote allemand ayant longuement expliqué qu’il était tout simplement à l’agonie avec ses pneus slicks sur une piste détrempée : « la voiture était absolument inconduisible ». D’autre part, car la carrière F1 de Timo est devant lui maintenant. Espérons-le tout du moins. Avec une voiture plus performante, une hiérarchie chamboulée, il y a une carte à jouer pour l’Allemand. Toyota a en début d’année réaffirmé son engagement en F1 pour les saisons à venir, un engagement aujourd’hui à mettre au conditionnel puisque les rumeurs sur un prochain retrait du constructeur se font de plus en plus insistantes. C’est donc plus que jamais pour Timo le moment de se manifester comme un pilote solide capable de se battre parmi les meilleurs. Des poles, des podiums… Une victoire… Pour cela, Timo doit poursuivre son petit bout de chemin, sans brûler les étapes, saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, comme en Malaisie ou à Singapour cette année. Aucun abandon depuis l’ouverture de la saison 2009, seulement deux arrivées hors du top-ten, il fait plus que jeu égal avec son coéquipier, même s’il doit encore progresser en qualification où ses prestations moyennes et irrégulières viennent souvent entacher sa course du dimanche. La voiture n’est certes pas la plus compétitive du plateau comme il le dit lui-même, mais il faut savoir composer avec, aider à l’améliorer, et la pousser dans ses derniers retranchements. Une course perturbée par des changements météo intempestifs, situation dans laquelle il se dit à l’aise, pourrait, qui sait, lui profiter ? Ce serait une belle manière, quoiqu’un peu cocasse il est vrai, de faire une place à « Glock Dog » dans les tablettes, et d’oublier pour un temps sa course en clôture de saison 2008.


Alors oui. Oui, Timo Glock a encore des choses à nous montrer, de grandes attentes auxquelles répondre. Les changements de réglementation intempestifs, les écuries qui se retirent et qui se créent, les pilotes de passage le temps de quelques courses, tout contribue à créer une atmosphère chaotique et incertaine, dans le paddock comme sur la piste, où chaque pilote constant et concentré sur ses objectifs peut avoir sa chance. Timo est un de ceux-là. Il a déjà eu quelques occasions de le démontrer ; reste à voir si une écurie lui permettra de confirmer son potentiel et devenir bientôt un réel trouble-fête parmi les leaders.
Par Nico - Publié dans : Un autre regard sur la F1
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Commentaires

Super article sur un pilote méconnu et discret
Commentaire n° 1 posté par Saphira le 05/10/2009 à 15h30
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