Vendredi 21 août 2009
Champions sur le retour

Le petit monde de la F1 n'a parlé que de "ça" pendant une semaine : Michael Schumacher allait faire son retour, près de 3 ans après sa dernière apparition en Grand Prix. Las, une nuque douloureuse, conséquence d'un accident de moto survenu en début d'année, l'a contraint à renoncer. Avant lui, d'autres champions sont sortis de leur retraite, avec plus ou moins de bonheur. Coup d'oeil dans le rétro

Niki Lauda


Montréal, 28 septembre 1979, première journée d'essai du Grand Prix du Canada. En se réveillant dans sa chambre d'hôtel, Niki Lauda sent que quelque chose a changé. 3 ans plus tôt, il avait stupéfié le monde entier en reprenant le volant seulement quelques semaines après un terrible accident qui avait failli lui couter à vie. Le visage défiguré par le feu, les plaies encore à vif, il était reparti au combat car la F1 c'était sa passion, sa vie. Mais les choses ont changé. Ce matin là, Niki ne ressent que de l'ennui à la pensée de piloter une F1. Arrivé sur le circuit, il annonce à son patron Bernie Ecclestone qu'il n'est plus pilote et s'en va, sans un mot supplémentaire. Il n'a que 30 ans.

La F1 n'entendra plus parler de Lauda pendant près de 2 ans. L'Autrichien profite de sa retraite pour se consacrer à sa propre compagnie aérienne, "Lauda Air". Il ne fait son retour sur les circuits qu'à l'occasion du GP d'Autriche 1981, en tant que "consultant", à l'invitation d'une chaine de télévision. Ron Dennis, le nouveau patron de l'écurie McLaren, en profite pour lui proposer un pont d'or s'il accepte de revenir à la compétition. Lauda accepte. Sa présence sur le majestueux tracé de Zeltweg a-t-elle rallumé en lui le feu ardent de la compétition ? Plus terre à terre, certains mettent en avant les difficultés économiques de Lauda Air pour expliquer ce come-back de Lauda, obligé de se "refaire" financièrement. Les observateurs sont sceptiques sur son niveau de motivation, mais début 1982, il ne faut que quelques courses à l'Autrichien pour renouer avec la victoire. Lauda n'en avait pas vraiment fini avec la F1 puisqu'en 1984, il s'offre son troisième titre de champion du monde.

Alan Jones


Alan Jones avait un caractère en acier trempé, une âme de guerrier, il était impitoyable avec ses adversaires. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir des états d'âme. Champion du monde en 1980, il décide de quitter la F1 à la fin de l'année suivante. A 35 ans, il est au sommet de son art, les austères Frank Williams et Patrick Head ne jurent que par lui, mais il aspire à une nouvelle vie. Probablement plus usé qu'il ne veut bien l'avouer par sa rivalité chez Williams avec son coéquipier argentin Carlos Reutemann, mais également las de la vie en Europe, c'est sans regret qu'il repart pour son Australie natale. En 1982, Jones conduit toujours...mais un tracteur et se revendique désormais fermier.


Il faut croire que la vie des champs n'a pas le charme de la vie de pilote de course car début 1983, Jones fait savoir qu'il est prêt à replonger dans le monde de la F1. Sauf que si Jones a visiblement du mal à se passer de F1, la F1, elle, a appris à vivre sans lui. Seule la modeste écurie Arrows se montre intéressée. Le come-back vire au gag lorsque Jones fait sa première apparition publique sur le circuit californien de Long-Beach, deuxième manche de la saison. Boitant bas des suites d'une chute de cheval survenue au cours de l'hiver, Jones accuse surtout un excès de poids de près de 15 kilos et apparait ridiculement boudiné dans son combinaison. Il tente de mettre les rieurs de son côté en évoquant son goût pour les boissons houblonnées, mais la blague tombe à plat. Aux essais, il parvient à faire illusion, signe que le talent est toujours présent, mais en course, totalement hors du rythme, il finit par renoncer à 20 tours de l'arrivée, complètement épuisé. Sagement, Arrows préfère en rester là.

Jones, lui, ne renonce pas. Fin 1985, il effectue un deuxième come-back, cette fois dans la nouvelle écurie américaine Team Haas. Physiquement plus affuté, il met toutes les chances de son côté, mais son heure est définitivement passée. Le faible potentiel des Lola-Ford du Team Haas le condamne 18 mois durant à l'anonymat du peloton, ce qui finit par avoir raison de sa motivation. Curieux paradoxe : Jones avait quitté la F1 trop tôt, mais il y est également resté trop tard.

Alain Prost


Lorsqu'Alain Prost quitte la F1 fin 1991, ce n'est pas totalement par choix et il se garde bien de prononcer le mot "retraite". Limogé sans préavis par la Scuderia Ferrari à la veille de la dernière course de la saison, le Français ne manque pas de proposition pour la saison 1992. Faute de projet intéressant, il préfère néanmoins mettre sa carrière entre parenthèses afin de mieux préparer son retour. Objectif parfaitement rempli puisqu'il est recruté pour 1993 par Williams-Renault, l'écurie dominatrice du moment. Vainqueur du premier GP de la saison, puis champion du monde, Prost réalise à 38 ans un retour en apparence parfait. Mais dans les faits, les choses sont moins roses : contesté au sein de sa propre écurie qui ne cache pas sa volonté de recruter Ayrton Senna, critiqué par les médias qui pointent du doigt certaines de ses prestations en demi-teinte, en confit ouvert avec la fédération, le Français peine à prendre du plaisir et préfère quitter la F1 sans honorer sa deuxième année de contrat avec Williams. Dans les années suivantes, on le dira parfois proche d'un nouveau come-back, notamment chez McLaren pour qui il officiera en qualité de pilote essayeur, mais sagement, jamais il ne replongera.


Jacques Villeneuve


Replonger dans le grand bain, Jacques Villeneuve en rêve lui. Le Québécois n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai. Licencié de BAR-Honda fin 2003, il avait retrouvé le baquet d'une F1 fin 2004 pour une pige de trois courses chez Renault en remplacement de Jarno Trulli, puis en 2005 et 2006 chez Sauber et BMW Sauber. L'expérience s'était conclue tristement. Auteur de performances assez quelconques pour un ex-champion du monde, il s'était vu indiquer la porte de sortie durant l'été 2006. Jacques n'a pas attendu l'annonce du retour de Schumacher pour frapper à nouveau aux portes de la F1, attiré qu'il est par le nouveau règlement technique et la perspective de voir arriver de nouvelles écuries. Papa depuis 2006, Villeneuve explique également avoir envie que ses fils le connaissent en tant que pilote de F1. Emerson Fittipaldi avait avancé un argument comparable il y a 25 ans lors de sa tentative (avortée) de retour en F1 qui faisait suite à son mariage avec une femme presque deux fois plus jeune que lui et qui ne l'avait pas connu temps de sa splendeur.


Et si c'était ça la vraie raison de ces retours ? Une volonté de défier le temps, de conserver l'illusion d'une éternelle jeunesse, de repousser cette petite mort symbolique que représente la retraite.
Par Thibaut - Publié dans : Culture F1
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