Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /Août /2009 21:15

Moteurs et propagande


Machines surpuissantes, pilotes d'exception, les années 1930 constituent une des périodes les plus fascinantes du sport automobile, mais également la plus trouble. En effet, comme tous les sports à l'époque, l'automobile fut un moyen facile de propagande. Sur les circuits, le bruit des moteurs était souvent recouvert par le bruit des bottes.


A son arrivée au pouvoir en 1933, Hitler entreprend une vaste réforme de l'économie allemande. L'automobile, secteur clé de l'industrie, est particulièrement visée. C'est d'ailleurs ainsi que naitra la Volkswagen Coccinelle. Hitler, qui n'ignore rien du poids de la propagande, décide également d'accorder de larges subventions à Mercedes et Auto-Union pour qu'elles lancent d'ambitieux programmes sportifs et fassent briller les couleurs du IIIe Reich dans le monde entier. En d'autres termes, en Allemagne, et c'est également le cas de l'Italie fasciste, le sport automobile devient une Affaire d'Etat.

Parmi les pilotes Auto-Union figure un certain Bernd Rosemeyer. Fils de garagiste, il a débuté la compétition dans les courses moto chez DKW, une sous-marque du groupe, avant d'être intégré en 1935, à l'âge de 25 ans, au programme "Grand Prix", l'ancêtre de la Formule 1. Le talent de Rosemeyer, initialement recruté comme simple pilote d'appoint, éclate dès son deuxième Grand Prix, disputé sur le vertigineux tracé du Nurburgring, où il se permet de disputer la victoire à la Mercedes de Rudolf Carraciola, l'un des tout meilleurs pilotes du monde. Le public se prend immédiatement d'affection pour ce jeune homme au sourire ravageur et au style de pilotage hautement spectaculaire, capable des plus folles audaces au volant. Ainsi, lors du GP de Pescara en Italie, suite à une sortie de piste, il passe sans lever le pied entre un muret et un poteau télégraphique, dans un espace à peine plus grand que la largeur de sa voiture. Il rallie finalement l'arrivée en deuxième position.


En fin d'année, après une victoire sur le circuit de Brno en Tchécoslovaquie, il rencontre la célèbre aviatrice allemande Elly Beinhorn, pionnière de l'aviation et également héroïne nationale. Elle succombe elle aussi au charme du jeune homme et ils se marieront quelques mois plus tard. La liaison entre Rosemeyer et Beinhorn est une aubaine pour la propagande nazie qui tient là le couple aryen idéal.

Vainqueur du championnat d'Europe des Grands Prix en 1936 pour sa seulement deuxième saison au plus haut niveau, Bernd Rosemeyer est intégré d'office aux Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps (NSKK), une unité paramilitaire dépendante des SS et qui regroupe de nombreux pilotes de course. Quels étaient les liens de Rosemeyer avec l'idéologie du IIIe Reich ? Il est plus que probable qu'il ne la partageait pas et qu'il était uniquement soucieux d'exercer son métier en toute tranquillité. Il lui arrivait d'ailleurs de tourner en dérision certaines cérémonies officielles et de se moquer d'Adolf Hühnlein, le chef du NSKK, peu apprécié par la confrérie des pilotes. Mais l'insouciance avec laquelle certaines personnalités comme Rosemeyer ont traversé cette période n'est elle pas en soi un crime ? Ignorait-il que d'autres sportifs allemands et autrichiens moins célèbres étaient persécutés du simple fait de leur origine juive ? Tel fut le cas du pilote motocycliste Leo Steinweg, qu'il avait probablement croisé sur les circuits, dont la licence fut révoquée en 1934 et qui mourut en déportation dans le camp de concentration de Flossenburg en 1945.


En 1938, l'affrontement entre Mercedes et Auto-Union se déplace momentanément sur le terrain du record du monde de vitesse terrestre. Le 28 janvier, les deux armadas sont d'ailleurs présentes sur une portion de l'autoroute reliant Francfort à Darmstadt avec chacune leur meilleur pilote, Carraciola et Rosemeyer. Pour ces deux pilotes d'exception, habitués à maitriser des machines de plus de 600 ch sur les lacets du Nurburgring, le défi ne représente que peu d'intérêt. Mais le prestige de l'Allemagne passe avant tout.
Le matin, Carraciola bat le record en atteignant la vitesse de 432 km/h sur sa Mercedes. Rosemeyer et Auto-Union s'apprêtent à répliquer, malgré les conseils de Carraciola qui prévient son jeune adversaire que le vent est en train de se lever. Ultra-plate et profilée, l'Auto-Union Streamliner y est potentiellement très sensible. Mais Rosemeyer ne veut rien savoir. A 11h47, il suffit d'une rafale un peu plus violente que les autres pour déséquilibrer à pleine vitesse l'Auto Union et l'envoyer hors de la route. Rosemeyer, 28 ans, est tué sur le coup.

"Que l'idée qu'il soit mort pour la grandeur de l'Allemagne apaise votre peine." Tel fut le message adressé par Adolf Hitler le jour des obsèques de Bernd Rosemeyer, enterré avec les honneurs militaires que lui valait son rang de SS-Hauptsturmführer (capitaine). Sa mort fut donc à l'image de sa vie : instrumentalisée par le régime nazi. En moins de 3 années, il s'est bâti une réputation qui lui vaut d'être aujourd'hui encore considéré comme l'un des plus grands pilotes de l'histoire du sport automobile. Au volant, il n'avait peur de rien. Dommage qu'il n'ait pas toujours eu le même courage dans la vie.
Par Thibaut - Publié dans : Culture F1
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