Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 18:00
Mes premières 24h du Mans
par Thibaut


Habitant depuis peu au Mans, j'ai saisi l'occasion d'assister pour la première fois de ma vie aux 24h. Un rêve d'enfance qui s'est réalisé ? Presque. Si mon premier amour est incontestablement la Formule 1, j'ai découvert les 24h à la fin des années 1980, à l'époque des duels entre les Jaguar "Silk Cut" et les "Flèches d'Argent" Sauber Mercedes. Puis est venue, en 1991, l'épopée de la Peugeot 905, voiture qui m'a toujours fasciné. Depuis, par l'intermédiaire de la petite lucarne, je n'ai pas raté une seule édition de cette course mythique.

Les 24h du Mans ne durent pas juste le temps d'un double tour de cadran. La ville vit au rythme de la plus célèbre course d'endurance du monde pendant une semaine entière. Tout commence le lundi et le mardi par les vérifications techniques et administratives qui ont lieu en plein centre ville, au pied de la cathédrale, Place des Jacobins. L'occasion pour le public d'approcher les voitures.



Malheureusement pour moi, travail oblige, je ne peux y passer que quelques minutes, tout juste le temps de croiser Emmanuel Collard et sa Porsche RS Spyder, future gagnante en catégorie LMP2.

Mercredi midi, au détour d'une rue piétonnière du centre ville, j'ai la surprise de tomber quasiment nez à nez avec Tom Kristensen, Allan McNish et Rinaldo Capello, qui répondent à des journalistes et signent sans déplaisir des autographes aux badauds présents. Les trois hommes ne sont évidemment pas dans ce quartier par hasard : il suffit de baisser les yeux pour y découvrir, comme sur Hollywood Boulevard, les empreintes de pieds et de mains des anciens vainqueurs.

C'est donc pour honorer la tradition que l'équipage tenant du titre est présent.

Le mercredi soir ont lieu les essais libres. Fatigué par ma journée de travail, je n'ai pas l'intention d'y aller. Mais en arrivant à proximité de mon immeuble, pourtant situé à près de 6 km du circuit, j'entends au loin le bruit des moteurs, comme le chant des sirènes. L'envie est trop forte ! Changement de programme immédiat, tout juste le temps d'avaler quelque chose et je saute dans ma voiture direction le circuit. En 15 minutes, je suis sur place, mais le plus dur reste à faire, trouver une place pour se garer ! Malgré une météo détestable et alors qu'il ne s'agit que d'essais libres, les abords du circuit sont déjà combles. Tourner en rond à la recherche d'une place alors que j'entends les bolides si proches : une vraie torture ! Finalement, je trouve mon bonheur et accède au circuit peu après la célèbre passerelle Dunlop. Immédiatement surgit une Audi R15, diabolique d'aisance et de vivacité malgré les conditions d'adhérence précaire. Rapidement, un premier constat s'impose : au Mans, contrairement à la F1, chaque voiture a sa propre signature sonore. A chaque extrémité du spectre auditif, on trouve la Corvette C6-R, et son V8 très rauque, et la Lola Aston-Martin dont le V12 joue des harmonies aiguës proches de la F1. Et les protos turbo-diesel ? Décevants pour le mélomane puisque tant la Peugeot que l'Audi semblent évoluer avec une sourdine.

Jeudi soir, nouvelle incursion sur le circuit, pour les qualifs. Sagement, j'abandonne la voiture et opte pour le tramway, qui en une vingtaine de minutes, m'amène du centre-ville pour me déposer à deux pas du virage du Tertre Rouge. L'occasion de poursuivre mes repérages en prévision de la course et de tester de nouveaux emplacements. Les esses du Tertre Rouge offrent de belles possibilités de voir évoluer les voitures sur une longue portion.

Vendredi, les pilotes désertent le circuit pour retrouver le centre ville, à l'occasion de la grande parade des pilotes, institutionnalisée au milieu des années 1990. Sur un tracé de 5 kilomètres, chaque équipage défile dans une voiture ancienne au milieu d'une foule particulièrement dense et bon enfant. Ce qui n'exclue pas quelques ratés, comme les supporters danois au milieu desquels j'ai pris place et qui ne peuvent s'empêcher de huer les équipages Peugeot, rivaux de leur idole Tom Kristensen. Amusant d'observer les réactions des pilotes ainsi malmenés : Sébastien Bourdais se lève et harangue la foule en serrant les poings, Alexander Wurz se moque gentiment, et Nicolas Minassian, hilare, balance le contenu de sa bouteille d'eau minérale sur les turbulents Vikings. Évidemment, c'est moi qui ai pratiquement tout pris !
A l'applaudimètre, l'incontestable vainqueur est l'acteur Patrick Dempsey. Loin de jouer les stars intouchables, le "Docteur Mamour" joue totalement le jeu et, tout sourire, debout dans sa voiture, fait crépiter les flashs et crier ses admiratrices. Pour ma part, j'aurais surtout été sensible au charme de Vanina Ickx, seule femme présente au départ, et au sourire renversant.





















Samedi, jour de course ! Arrivé sur le circuit dès 11h, soit 4h avant le départ, histoire de m'assurer une bonne place, je décide de m'installer dans les Esses du Tertre Rouge. Je sacrifie ainsi le long cérémonial d'avant course ainsi que le départ, qui il est vrai a perdu beaucoup de son charme depuis que le départ "type Le Mans" (voitures garées en épi, et pilotes traversant la piste en courant pour monter à bord) a été abandonné en 1970. Me reviennent alors en tête les images incroyables de Jacky Ickx en 1969 traversant la piste en marchant pour manifester son opposition à ce type de départ...Lors des tours de mise en grille, je constate que les Danois sont loin d'avoir le monopole du chauvinisme bêta puisqu'une partie du public français hue abondamment le passage des Audi. Rien de bien méchant, mais pour l'esprit sportif, on repassera. Assez triste quand on pense à la fidélité exemplaire de la marque aux anneaux à la classique mancelle depuis près de 10 ans.

Après une première heure de course particulièrement riche en émotions, le public s'éparpille et je fais de même, cherchant désespérément de quoi lutter contre le soleil de plomb qui s'abat sur le circuit. A cette occasion, je découvre les tarifs prohibitifs pratiqués par les différentes buvettes qui bordent le circuit (3 Euros pour une bouteille d'eau minérale de 50 cl !). Au gré des ravitaillements, pas évident de conserver le fil de la course : les classements sont difficilement lisibles sur les écrans-géants, les haut-parleurs qui diffusent "Radio Le Mans" ne sont pas toujours audibles et la voix des speakers recouverte à chaque passage de voiture. La solution idéale (mais à 10 Euros) : acheter une mini-radio permettant d'avoir "radio Le Mans" dans l'oreille en permanence. Encore mieux (mais encore plus chère !) la "Kangaroo TV", une TV portative qui donne accès au signal international et à tous les datas. J'opte pour la radio mais renonce à la TV.

A 21h30, contrairement à certains courageux qui ont décidé de passer la nuit sur place, je quitte le circuit pour rentrer chez moi. Il faut dire que l'état des emplacements spectateurs, véritable décharge à ciel ouvert, sur lesquels se sont entassés au fil des heures des milliers de canettes de bière et de barquettes de frites, n'incite pas vraiment au camping sauvage. La faute à l'indiscipline des spectateurs ? Pas seulement. 1h après le départ, trouver une poubelle ne débordant pas relevait déjà de l'exploit.

Retour sur le circuit à 7h00 dimanche matin. Et déception, car le choc des titans entre Audi et Peugeot a tourné court : la seule Audi encore dans le coup pointe à 2 tours des Peugeot de tête, et dans le clan français, les positions ont déjà été figées afin d'éviter un affrontement fratricide. A 11h, de nouveaux ennuis relèguent l'Audi n°1 à 6 tours, anéantissant les ultimes espoirs d'une arrivée à suspense. Les dernières heures de course sont une longue procession sans grand intérêt, mais l'émotion est de mise lorsque dans la dernière demi-heure, les 3 Peugeot se regroupent et font se lever les tribunes à chacun de leurs passages. Malgré un scénario de course un peu décevant, remporter les 24h du Mans reste un véritable exploit et les Lionnes méritent bien leur ovation.


15h, trop éloigné de la ligne droite des tribunes, je fais l'impasse sur le traditionnel envahissement de la piste et quitte directement le circuit sans passer par la case podium. Fatigué, mais en me faisant intérieurement la promesse que je reviendrais l'an prochain. Et vous ?
Par Thibaut - Publié dans : Histoires vécues
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