Mardi 2 décembre 2008

Mike Hawthorn : l'effet papillon
 
 
Tout juste 50 ans avant Lewis Hamilton, Mike Hawthorn devenait le premier Anglais champion du monde des pilotes. Jeune homme insouciant trop vite rattrapé par les réalités de la vie, il a laissé une trace unique dans l'histoire de la Formule 1.


Jamais l'assistance n'a vu un champion afficher une mine si triste. En ce jour de décembre 1958 à Londres, le British Racing Drivers Club célèbre le premier titre mondial conquis par un représentant de sa Gracieuse Majesté, mais aucune joie n'est perceptible sur le visage poupon de Mike Hawthorn, pourtant auteur de cet authentique exploit au volant d'une Ferrari.
 
"J’aurais aimé que Peter soit là ce soir. Depuis sa mort, je ne trouve plus la même saveur au sport automobile."
En quelques mots, le nouveau champion du monde vient d'annoncer sa retraite. Peter, c'est Peter Collins, son coéquipier, son ami, son complice. Quelques mois plus tôt, il a trouvé la mort lors du Grand Prix d'Allemagne sur le Nurburgring. Après la course, Hawthorn avait été aperçu errant tel un fantôme sur les lieux du drame, avec le casque et une chaussure déchiquetée de Collins à la main.
 
Il est loin le pilote jovial qui avait débarqué en F1 en 1952 et qui poussait la coquetterie jusqu'à piloter en arborant un magnifique nœud papillon. Pour lui, le sport automobile n'était qu'un vaste amusement : il se moquait de sa condition physique, aimait faire valser les pintes de bière dans les bars les veilles de course, accueillait les abandons et les accidents en rigolant, et perdait rarement une occasion de courir après la gente féminine. Comme lors d'un GP de Monaco, où après un abandon, de retour vers les stands, il avait rejoint en escaladant un balcon une charmante supportrice qui lui faisait signe. Les mécaniciens durent attendre le lendemain pour retrouver leur pilote. Hawthorn, c'était aussi une élégance qui lui valait le respect de tous, comme lorsqu'au GP de France 1958, il avait refusé d'infliger un tour de retard à Fangio qui sur une monoplace agonisante disputait la dernière course de sa carrière. "On ne prend pas un tour à Fangio" avait-il sobrement expliqué.
 
Mais qu'on ne s'y méprenne pas, Hawthorn était avant tout un grand pilote. Il n'avait sans doute pas le talent naturel d'un Fangio ou d'un Moss, mais compensait par une hargne de tous les instants. Dès ses débuts en championnat du monde, en 1952, il fait des miracles au volant d'une modeste Cooper privée et séduit Enzo Ferrari qui s'empresse de le recruter. En 1953, bien que dominé par son coéquipier Alberto Ascari, il fait sensation en remportant à Reims le Grand Prix de France (qualifié de "course du siècle" par les journalistes présents en Champagne) à l'issue d'un duel d'une rare intensité avec Fangio et qui se réglera dans le dernier virage du dernier tour.
 
Les difficultés arrivent en 1954. D'abord sous la forme d'un grave accident lors d'une course hors-championnat à Syracuse, puis sous la forme d'une campagne de presse nauséabonde  menée par les tabloïds de son pays, qui lui reproche pêle-mêle de s'être soustrait à ses obligations militaires (souffrant d'une maladie aux reins, Mike avait en réalité été exempté) et de défendre les couleurs d'une marque étrangère. A cela s'ajoute la mort de son père Leslie, dont il était très proche, dans un accident de voiture.
 
Plus ou moins contraint de rentrer au pays, Mike signe en 1955 chez Vanwall, une écurie alors peu performante. Il pense se consoler en participant au programme d'endurance de Jaguar, mais sa victoire aux 24 Heures du Mans, loin de représenter une consécration, est une nouvelle blessure. En début de course, alors en pleine bagarre pour la première place avec Fangio, Hawthorn se rabat brusquement pour rentrer aux stands, provoquant sans le savoir l'apocalypse derrière lui. Surpris par sa manœuvre, Lance Macklin, un attardé, fait un écart que ne peut éviter Pierre Levegh dont la Mercedes décolle et retombe lourdement sur un talus avant de se désintégrer dans le public, tuant plus de 80 personnes L'enquête officielle mettra Hawthorn hors de cause, mais l'opinion public, notamment en Allemagne, sera moins tendre avec le jeune Anglais.
 
Après une saison 1956 tronquée, il retourne en 1957 chez Ferrari. La consécration arrive en 1958 alors que paradoxalement, Hawthorn, marqué par les morts successives de ses coéquipiers Luigi Musso et Peter Collins, n'est plus que l'ombre de lui-même. Loin d'avoir le brio de son rival au championnat Stirling Moss, il ne remporte qu'une seule victoire et mise avant tout sur sa régularité. Il doit également son titre, suprême offense, à son coéquipier, le débutant Phil Hill, obligé de lui offrir gracieusement sa deuxième place lors des deux dernières courses de la saison en Italie et au Maroc. L'annonce en fin d'année de sa retraite n'est donc qu'une demi-surprise. Il n'a que 29 ans, c'est encore un gamin, mais son regard est celui d'un homme déjà fatigué, prématurément marqué par la vie.


A quoi aspirait le jeune Britannique au moment d'attaquer sa nouvelle existence ? A gérer consciencieusement le garage familial ? A croquer à pleines dents une vie dont il savait les années comptées en raison de ses graves problèmes de santé ? On ne le saura jamais : le 22 janvier 1959, sur une route mouillée de la campagne anglaise, tout près de là où son père s'était tué, il perd le contrôle de sa puissante Jaguar et percute un camion avant de s'encastrer contre un arbre.

Avec sa mort, c'est également une certaine idée du romantisme en F1 qui disparaissait.

Mike Hawthorn avec son ami Peter Collins en Angleterre en 1957


Quelques dates :

1929 :
Naissance le 10 avril à Mexborough (Yorkshire, Grande-Bretagne)
1947 :
Début en trial
1951 :
Compétition de Formule 2 avec une Cooper-Bristol
1952 :
4ème du Championnat du monde (alors couru avec des Formule 2) avec Cooper
1953 :
4ème du Championnat du monde (1 victoire en France), avec Ferrari
1954 :
3ème du Championnat du monde (1 victoire en Espagne), avec Ferrari
1955 :
5 courses en F1 avec Vanwall et Ferrari (non classé)

Vainqueur des 24h du Mans avec Jaguar
1956 :
11è du Championnat du monde avec Maserati, BRM et Vanwall
1957 :
4ème du Championnat du monde avec Ferrari
1958 :
Champion du monde (1 victoire en France) avec Ferrari
  Retrait de la compétition automobile
1959 :
Décès le 22 janvier dans un accident de voiture
par Thibaut publié dans : Culture F1
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