Dimanche 27 novembre 2005 7 27 /11 /Nov /2005 20:45

Hors-piste

La Formule 1 une maladie grave ?



Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m’a posé la question : « Mais comment ça se fait qu’une fille comme toi aime la F1 ? »

D’abord, qu’est-ce qu’ils entendent tous par « une fille comme moi » ? Une fille qui met des jupes et des décolletés, blonde, avec des ongles manucurés et les yeux maquillés. Sûrement. Bref, une fille qui a l’air « normal », pas une camionneuse avec des cheveux gras et qui enfile bière sur bière en récitant des blagues cochonnes. Donc, à la réflexion, je me demande si la question qu’ils aimeraient me poser n’est pas tout simplement : « Mais de quelle tare génétique rare et incurable pourrais-tu être affectée pour que toi
(sous-entendu : avec tes cheveux blonds, ton maquillage et ton vernis), tu aimes ces voitures bruyantes et malodorantes ? »

À force, j’ai fini par me la poser, cette question. Non je ne suis pas allée voir un médecin pour qu’il me dise ce qui ne va pas chez moi, mais je me suis demandée ce qui me plaisait tant dans la F1. C’est vrai après tout, peut-être que cela m’en apprendrait plus sur moi et que comme ça, la prochaine fois que l’on me posera la question (et il y en aura une autre, je ne me fais pas de soucis pour ça), je saurai quoi répondre.

Procédons dans l’ordre. Pourquoi me suis-je intéressée à la F1 ? Au tout début je veux dire. En fait, je crois qu’à la genèse de mon amour pour la F1 il y a… les cheveux de Jacques Villeneuve, version 1996-97 entendons-nous bien, blonds décolorés et en épis. C’était fun, anticonformiste. Tout à fait de quoi fasciner une gamine de 12 ans. Le problème c’est que la plupart du temps, cette magnifique tignasse restait cachée sous un casque lui-même à peine visible, dissimulé par les montants de la voiture. Par la force des choses j’ai donc commencé à m’intéresser aux courses, histoire de comprendre tout ce qui entourait la « tête blonde ».

Bien sûr, j’exagère un peu. Pour être tout à fait franche j’ai toujours aimé les voitures, Turbo : l’émission de M6 et l’odeur de l’essence. Mais s'il y a une chose qui intéresse plus encore une préado que les voitures, c’est bien les beaux gosses qui en prennent les commandes.

Et voilà, je vous entends tous : « On en était sûrs ! Si les filles aiment le sport auto c’est uniquement pour une histoire de mecs ! ». Attendez une seconde, je n’ai pas encore fini mon introspection.

On ne peut pas suivre un sport pendant des années, aller sur les GP et y laisser une part de son budget, uniquement parce que les pilotes sont photogéniques ! Les fan(e)s de F1 seraient alors pires que celles des 2be3.
La F1, c’est aussi le défi technologique. Pour une fille comme moi, comprenez : une scientifique qui adore comprendre comment les choses marchent, c’est fascinant de voir à quel point chaque détail est soigné, testé avant d’être validé. Tout ce déploiement d’énergie qui vise à atteindre la perfection. Quelles que soient les règles de l’année du mois ou du jour, il faut toujours faire mieux, ne jamais se relâcher. Et regarder tous ces gens passionnés lutter pour rester au top malgré les Gripsous empêcheurs de tourner en rond (sur les circuits) me fascine. C’est la loi du plus malin et que le plus audacieux gagne.

Et puis pour une fille comme moi, comprenez : absolument pas physionomiste au point de ne parfois pas reconnaître mes propres amis, être fan de F1 présente un immense avantage. En effet, tout le monde affiche ses couleurs, porte son nom sur sa casquette ou sa chemise donc pas de confusion possible, tout le monde est bien identifié ! Quoique, vu que je ne mets jamais mes lunettes, j’ai parfois du mal à déchiffrer. Mais si on ne se rappelle pas du nom de quelqu’un ou si on ne remet pas sa tête, il suffit de s’approcher un peu, de plisser les yeux et le tour est joué, la gaffe évitée !

Si vous voulez mon avis, je serais pour qu’on étende ce principe à tout le monde, ça éviterait bien des déconvenues. Si chacun avait son nom bien en vue sur la poitrine plus personne ne s’approcherait de vous en hurlant : « Bonjour Didier ! » « Désolée moi c’est pas Didier, c’est Sywel… ». Rassurez-vous, on ne me prend pour ainsi dire jamais pour un mec, je caricature, c’est tout.

Trêve de plaisanteries, je continue mes questions-réponses intérieures.

Qu’est-ce qui rend la F1 si attirante ? Une nouvelle idée me vient à l’esprit. C’est une chose que les filles aiment peut-être encore plus que les zoms. Oui, je vous assure, c’est possible. Allons, faites un effort, les filles aiment … potiner. Pour une fille comme moi, comprenez : une pipelette invétérée, une bavarde impossible à maîtriser, la F1 c’est le sujet idéal pour des heures de conversation. En formule 1, tout est sujet à d’interminables palabres : la réglementation, les transferts, pourquoi, comment, qui ? Un vrai bonheur de fille. Tous les jours il se passe quelque chose : un événement, des essais, une annonce, tout cela étant bien sûr le sujet d’inévitables commentaires éclairés. Et justement, les patrons d’écurie et autres pilotes n’en sont généralement pas avares… de commentaires. Et la plupart du temps ça vaut le détour ! La F1, ce sont les « feux de l’amour » du sport auto. Si vous ratez un épisode c’est pas grave, un mois après on se pose encore des questions sur le bien-fondé de ce qu’on a fait le mois précédent et à ce qu’on pourrait faire le mois suivant pour briser le fragile équilibre qu’on vient enfin de réussir à instaurer. Pour qu’une fourmilière n’arrête jamais de grouiller, il faut donner des coups de pied dedans, c’est bien connu.

La F1 c’est donc avant tout une histoire d’Hommes
(vous aurez remarqué le H majuscule) et pas seulement pour ses acteurs. Par ce que ce qui fait vivre la F1 c’est en premier lieu ses fans. Et pour une fille comme moi, comprenez : qui malgré une nature assez indépendante ne supporte pas de se sentir seule, le facteur humain est primordial. La F1 c’est un élément fédérateur, qui permet de rencontrer d’autres passionné(e)s avec lesquel(le)s on peut entamer les interminables conversations sus-citées. L’avantage, c’est aussi que ce sport fourni un prétexte imparable pour se rencontrer : les GP. Quel plaisir de vibrer pendant trois jours au son des V10. Pour aller sur un Grand Prix on s’y prend généralement des mois à l’avance. Voyage, hébergement, nourriture, places en tribunes, rien n’est laissé au hasard. Il faut absolument que chaque course soit une expérience inoubliable.

Bien sûr, c’est l’amour de ces petits bolides qui nous réunit. Mais le but non avoué par les gros "machos" trop fiers pour le reconnaître, moi petite jeune fille à l’ego de taille normale je vais vous le révéler : si tous les passionnés supportent de poireauter trois heures serrés comme des sardines dans les tribunes avant le départ de la course, de se doucher à l’eau froide pendant quatre jours dans un camping de fous et de payer une fortune une place qui se résume à un bout de planche inconfortable, c’est tout simplement... pour le plaisir de se retrouver. Partager des bons moments entre amis, découvrir des ambiances à chaque fois différentes, vivre les joies et les galères (les douches froides vous vous rappelez ?). Grâce à la F1 j’ai rencontré de vrai(e)s ami(e)s. Ce sont des choses comme ça qui vous font aimer encore plus ce sport.

Vous voyez ? Il n’y a pas que les pilotes dans la vie. Je dirais même que l’ultime plaisir pour une fille comme moi, comprenez : qui aime les belles choses, c’est de pouvoir admirer une monoplace lancée à fond sur un circuit. La savoir arriver, précédée par ce bruit ahurissant qui monte jusqu' à en devenir assourdissant. Admirer ses formes aérodynamiquement et esthétiquement parfaites, tandis qu’elle aborde les virages à des vitesses qui dépassent l’entendement. Finalement, ce qu’une fille comme moi, comprenez : qui a une tare génétique la poussant à aimer un sport de mâles, admire le plus chez les pilotes ce n’est pas leur plastique (pas toujours irréprochable...) mais bien leur insoutenable culot et leur incomparable maîtrise de cet engin à réaction (ou presque) qu’on appelle une monoplace de F1.

Certes je ne saurais pas vous expliquer ce qu’est un « double arbre à cames » et je n’aurais en aucun cas la prétention de tenir la rubrique technique d’un magazine automobile, mais je vous assure que je vais FAire des efforts pour m’intéresser. Seulement voilà, rares sont les connaisseurs qui ont la patience de partager leur science et encore moins avec une « blondâsse ». Oh, n’allez pas pleurer sur mon sort, j'ai toute la vie devant moi pour m'améliorer...

Résumons-nous, si je me fie à certaines personnes je suis donc atteinte d’une maladie génétique grave et incurable qui a pour principaux symptômes : d’apprécier la beauté d’une monoplace, petit bijoux technologique et esthétique. De pousser les gens à se rencontrer, à se connaître et à s’apprécier et qui donne aux gens le goût de voyager et de s’enrichir.

Pour tout vous dire, je fais des études scientifiques qui me mèneront peut être à la recherche. Mais honnêtement je ne suis pas sûre de vouloir trouver un remède à cette maladie là.
Par Sywel - Publié dans : Hors piste
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