Samedi 19 mai 2007 6 19 /05 /Mai /2007 08:00
La formation des commissaires de piste de Monaco

 
Après vous avoir raconté d’où nous est venue l’idée de devenir commissaire, voici un article qui raconte le week-end de formation, passage obligatoire avant d’intégrer le corps des commissaires de Monaco.


Samedi 24 mars :

Nous avons rendez-vous à 7h30 dans une carrière de pierre de la Turbie, au dessus de Monaco.
Il fait très froid et le temps semble instable mais nous sommes impatientes de commencer. Nous retrouvons les 50 autres nouveaux commissaires dont Samantha la 3ème fille. Lors de la réunion préliminaire quelques jours plus tôt, nous avions reçu pour consigne de mettre un jean et des basquets, ce qui avec le blouson et la casquette offerts par l’ACM (merci !), nous fait une sorte d’uniforme du plus bel effet.
A 8h, les nouveaux sont divisés en trois groupes ; chance ou hasard les 3 filles sont dans le même. Une fourgonnette nous amène sur le lieu où nous allons commencer la formation par le stage feu.

 

La formation feu est assurée par des pompiers professionnels qui seront avec nous sur le circuit tout au long du WE de Monaco. En effet, ce sont en priorité des pompiers professionnels qui s’occupent des feux sur le circuit, assistés de commissaires feu.
formation-commissaire-monaco-feu-briefing.JPG


L’équipement est obligatoire
: combinaison ignifugée, bottes, gants, ceinturon et l’inévitable casque de pompier. Une fois tout le groupe en tenue, nous avons droit à un petit briefing sur les différents types d'extincteurs que nous pouvons trouver sur le circuit, les consignes de sécurité, bref tout ce qu’il faut savoir.



Une fois la théorie expliquée, place à la pratique. Equipés d’un petit extincteur au CO2, nous devons individuellement éteindre un petit feu. Les flammes font un mètre de haut, ça chauffe et quand arrive son propre tour, le cœur bat la chamade. Dégoupiller l’extincteur, le tester, s’approcher, pulvériser en se déplaçant autour du foyer… tout cela va très vite et c’est impressionnant.

formation-commissaire-monaco-feu-saut.JPG
Pourtant, nous ne sommes pas au bout de nos peines. La deuxième “épreuve“ nous attend. Il s’agit maintenant d’éteindre un grand feu (200L d’hydrocarbure) en commando avec de gros extincteurs à poudre de 9kg après avoir sauté le rail de sécurité. Cet exercice simule le feu simultané de plusieurs monoplaces.



Le grand feu est impressionnant !
Les flammes qui montent sur plusieurs mètres dégagent un nuage de fumée noire et surtout une chaleur intense. Heureusement les visières des casques nous protègent efficacement et les extincteurs sont performants, nous venons donc à bout de ce feu.

formation-commissaire-monaco-grand-feu.JPG
 

Une fois la formation feu terminée, nous nous déséquipons et rejoignons en navette le lieu de la formation formation-commissaire-monaco-depart-gazelle.JPG “franchissement“.



Nous apprenons à franchir le rail correctement. Ce dernier est assez haut mais avec la technique testée et éprouvée depuis longtemps par les commissaires monégasques ça passe –presque- tout seul, et le risque de chute est minimal, ce qui est primordial pour notre sécurité.



Place maintenant à la formation drapeau.

Une part très importante dans le travail des commissaires est la signalisation des faits de course à l’aide de drapeaux. C’est une tâche qui joue un rôle primordial dans la sécurité des pilotes et des commissaires qui interviennent sur la piste.
formation-commissaire-monaco-drapeau.JPG

Nous prenons donc chacun deux drapeaux pour apprendre à les manier. Un seul au début, puis deux à la fois. La tâche n’est pas très ardue sauf quand le vent s'en mêle (et il ventait !). Puis nous apprenons (ou révisons) la signification de chaque drapeau et son utilisation. (Pour les curieux les drapeaux sont expliqués ici).

 

Pas le temps de nous reposer (les drapeaux ça fatigue les bras au bout d’un moment) nous avons maintenant une initiation au brancardage avec la Croix Rouge Monégasque.
L’un d’entre nous fait la victime. Nous la plaçons sur le brancard et devons lui faire franchir le rail. Le plus dur est certainement d’épauler le brancard, plus encore quand on est la seule fille et la plus petite des “brancardiers“, mais il faut le faire et nous y arrivons.

formation-commissaire-monaco-brancardage.JPG
 

Midi arrive, le temps de se gâte. Nous nous arrêtons donc sous les tentes pour manger. La pluie puis la grêle se succèdent, du jamais vu lors du stage de formation. Forcément les blagues fusent : « On accepte les filles, et voilà on a la pluie, que dis-je la grêle ! » Nous rétorquons, amusées, qu’il vaut mieux la pluie maintenant que pendant le GP !

Alors qu’il pleut encore, nous allons devoir passer par l’épreuve physique éliminatoire : le fameux parcours gazelle.
En moins d’une minute trente nous devons : sauter un rail, faire un slalom, marcher sur une poutre à 10cm du sol, sauter un deuxième rail, récupérer trois objets et les mettre dans un bac –les uns après les autres- soulever trois fois un haltère de 40kg, porter un extincteur sur quelques mètres, enjamber trois barrières de 10 cm de haut, courir pour rejoindre le rail de départ et le franchir. C’est plus éprouvant que ça en à l’air et la pluie et le sol glissant n’aident en rien. Cependant nous y arrivons tous, les trois filles en particulier. Pas de traitement de faveur !

Maintenant nous devons rejoindre le lieu de la formation intervention, où nous apprendrons à déplacer une voiture accidentée en équipe avec des crics spéciaux. Nous commençons par une petite séance de visionnage d’interventions sur le circuit lors des années précédentes pour nous montrer les bons et mauvais points de certaines, afin d'améliorer la technique des interventions.

 
 

La formation intervention :

 

En commando de 6 commissaires, plus un chef de poste d’intervention pour coordonner la manœuvre nous devons "affronter" deux types d'épreuves :

1) le retournement :

Une monoplace est retournée sur la piste et des pièces sont éparpillées. Nous devons récupérer les pièces, puis ensemble remettre la voiture sur ses roues et l'amener jusqu'à l'échappatoire sur des crics. formation-commissaire-monaco-intervention-retournement.JPG
Après distribution des rôles, ceux qui doivent récupérer les pièces franchissent le rail et, en restant groupés au maximum, vont ramasser les débris pour les ramener à ceux qui sont restés derrière le rail. Une fois les débris à l’abri, les autres commissaires franchissent le rail avec les crics. Tous ensemble nous allons vers la voiture et la retournons. En soulevant l’avant puis l’arrière nous plaçons les deux crics. A chaque cric se tient un commissaire qui guide et dirige la voiture pendant que les quatre autres la poussent. Une fois arrivés à l’échappatoire nous enlevons les crics, et attachons la voiture à la grue. Il ne nous reste plus qu’à rentrer à l’abri du rail, sans oublier les crics.
Cette épreuve n’est pas le plus dure, même si la voiture est lourde (600kg). La tâche la plus difficile est celle du premier cric qui doit avancer à reculons en dirigeant la voiture tout en restant plié en deux pour maintenir le cric ouvert.


2) Le slalom :

La deuxième intervention est en fait un parcours de guidage.
 
Une fois les crics positionnés sous la formation-commissaire-monaco-intervention-cric.JPG voiture, nous devons parcourir un tracé en passant entre des plots et les virages sont très serrés. Bien sûr, nous n’aurons jamais un tel parcours à faire sur la piste mais c'est un bon entrainement ! Autre nouveauté, devant le rail se trouve un mur de pneus à franchir. A l’aller ça va, mais le retour est plus compliqué (les tibias souffrent !). Ce parcours demande une vraie coordination dans l’équipe et le poste le plus difficile est, comme pour le retournement, le poste de cric avant.

Il est impressionnant de voir la facilité des "anciens" ! Un bon exemple à suivre.

Le "plus" est que les deux interventions sont filmées et qu'après nous avons droit à un débriefing pour pointer les défauts, ce qui n’est pas toujours évident à voir dans le feu de l’action.

Après cette première journée éprouvante c’est avec joie que nous avons retrouvé nos pénates pour une douche et une nuit de sommeil réparateur.

 
Dimanche 25 mars :

Après une nuit trop courte, et avec quelques courbatures, nous revoilà à 7h30 bravant le froid.
Au programme de ce jour : refaire les parcours d’intervention car il n’y a pas de secret, c’est en s’entrainant encore et encore que l’on va s'améliorer.

C’est reparti, casques+gants et on y va : on soulève la voiture, on place les crics, on pousse, on tourne, on remet en place "la F1" qui se glisse du cric, on repousse, on soulève, on passe le rail, les crics, on retourne la voiture etc... Cette fois-ci, les nouveaux sont intégrés à des commandos d’anciens, on sent la différence : les rôles sont mieux répartis, l’intervention est plus organisée donc plus rapide et efficace. De plus, leurs conseils nous sont très utiles.

formation-commissaire-monaco-intervention.JPG

Une fois les interventions répétées, nous repassons aussi le parcours gazelle, dans de meilleures conditions que la veille, car il ne pleut plus et la piste a été asséchée par du sable. Effectivement, les temps sont meilleurs.

Cette fois, le week-end de formation touche à sa fin, nous rentrons chez nous, très fatiguées mais heureuses. La tête pleine d’images que nous n’oublierons pas de sitôt. Nous serons bien commissaires de piste stagiaires pour le GP de Monaco et nous pouvons commencer à cocher les jours sur notre calendrier. Nous sommes ravies d’être là et d’avoir été si bien accueillies par tous les commissaires nouveaux comme anciens, car c’est la première fois que des femmes intègrent le corps des commissaires de Monaco.

Vidéo de la formation issue de la chaine Monaco-info :

 




Début mai :

Nous recevons par la poste notre affectation : nous (Sywel et Marnie) seront commissaires intervention et réparties dans les postes le long de la ligne droite de départ jusqu'à Ste Dévote. Nous avons hâte de rencontrer notre équipe et de faire nos preuves parmi eux, et surtout de faire honneur à ce poste, car les commissaires de l'Automobile Club de Monaco sont réputés pour être les meilleurs du monde !
ecusson-acm.gif

(retrouvez également des photos de la formation sur le site de l'ACM)

Par Marnie et Sywel - Publié dans : Histoires vécues
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